Travail parlementaire | Culture

Charte europ?ennes des Langues R?gionales et Minoritaires : Nicolas Sarkozy r?pond ? Christian M?nard

16 mars 2007 Texte en grasTexte soulign?Dans une lettre ouverte diffus?e sur Internet, Pierrick Le Feuvre, porte parole du site ? Oui au breton ? demandait ? Christian M?nard, d?put? du Finist?re son sentiment sur la position de Nicolas Sarkozy qui, lors d?un r?cent discours prononc? ? Caen, expliquait qu?il ne ? serait pas favorable ? la ratification de la Charte europ?enne des langues r?gionales ?.

Christian M?nard est imm?diatement intervenu aupr?s de Nicolas Sarkozy et lui a demand? de pr?ciser sa position. Dans un courrier re?u ce jour, le Ministre de l?Int?rieur et candidat ? l?Election Pr?sidentielle vient de lui r?pondre (Texte int?gral) :

? Votre r?cent courrier relatif ? la situation des langues r?gionales de France a retenu toute mon attention. C?est un sujet important ? mes yeux. Il touche ? la question de la libert? et de la diversit? culturelle au sein de la R?publique.

Je sais que les locuteurs des langues de France autre que le fran?ais sont depuis longtemps pr?occup?s par le risque de disparition de leur langue propre, support d?un riche h?ritage culturel. On assiste, en effet, en ce moment, ? la disparition des derni?res g?n?rations de locuteurs ? naturels ? et, malheureusement, avec elle, ? la disparition de la transmission familiale de ces langues.

Dans ces conditions, l?enseignement est devenu depuis quelques ann?es la voie privil?gi?e et d?terminante de la sauvegarde des langues r?gionales, c?est-?-dire de notre patrimoine linguistique. En d?pit d?un certain nombre de difficult?s, cette transmission par l?enseignement conna?t une certaine r?ussite. Ainsi, au niveau national (hors DOM-TOM), 167 000 ?l?ves dans le primaire et secondaire sont concern?s par un enseignement des ou en langues r?gionales. En 2005, 38 000 ?l?ves suivaient un enseignement bilingue en fran?ais et en langue r?gionale. Et on dit que ces chiffres sont en constante progression, ce qui d?montre bien l?int?r?t de ce type d?enseignement dans notre pays.

Faut-il consolider juridiquement cette dynamique ? Je le pense, notamment parce que la ma?trise d?une langue r?gionale peut constituer, ? mon sens, un avantage d?cisif pour une bonne insertion professionnelle. On ne le dit pas assez souvent, mais en parlant l?Alsacien ou le Catalan, par exemple, un jeune ne s?enrichie pas seulement culturellement : il s?ouvre de nouveaux horizons professionnels au-del? des fronti?res.

Faut-il aller, comme vous le proposez, jusqu?? ratifier la Charte europ?enne des langues r?gionales ou minoritaires ? La r?ponse est beaucoup plus compliqu?e. Je sais que depuis quelques ann?es, en p?riode ?lectorale, les candidats ont pris une mauvaise habitude : ils promettent tout et n?importe quoi aux locuteurs des langues r?gionales. Ce sont bien entendu des promesses qui sont sans lendemain, suscitant beaucoup d?amertume et de frustrations. Je ne suis pas de ceux-l?. C?est pourquoi je ne vous dirai pas, aujourd?hui, que je m?engage ? ratifier, d?s demain, la Charte europ?enne. Les hommes ou les femmes politiques qui vous font cette promesse sont des mystificateurs. Moi, je veux vous tenir le langage de la v?rit?. Pour ratifier la Charte, depuis la d?cision du Conseil constitutionnel de juin 1999, il faut d?sormais se lancer dans une large et profonde r?vision de la Constitution. La Charte a en effet ?t? jug?e non conforme, non seulement ? l?article 2, mais ?galement au principe d?indivisibilit? de la R?publique, d?unit? du peuple fran?ais et d??galit?.

Je pense que l?id?e d?un texte de loi posant la reconnaissance juridique des langues r?gionales de France est ? la fois beaucoup plus raisonnable et surtout plus efficace. Comme l?avait d?montr? le Professeur Guy Carcassonne, dont nul ne peut contester la qualit? d?expertise, bon nombre des propositions retenues par le gouvernement en vue de la ratification de la Charte ?taient compatibles avec notre Loi fondamentale. Si le Conseil constitutionnel en a d?cid? autrement, c?est sans doute ? cause de la tonalit? g?n?rale de la Charte, et plus particuli?rement son pr?ambule. Plut?t que de promettre une fois de plus une hypoth?tique ratification, je propose de r?fl?chir ensemble aux propositions tr?s concr?tes que l?on pourrait retenir pour s?curiser une fois pour toute la situation des langues r?gionales de France.

A cet ?gard, m?me si je crois que la loi du 23 avril 2005 est une bonne loi, je sais que certaines de ses dispositions ou de ses d?crets d?application, suscitent une vive ?motion chez les locuteurs de langues r?gionales. Je veux, ici, pr?ciser certaines choses importantes. Premi?rement, si l?implication croissante des collectivit?s territoriales dans l?enseignement des langues r?gionales est une excellente chose, cela ne signifie pas que l?Etat souhaite abandonner sa part de responsabilit? : l?enseignement des langues r?gionales rel?ve toujours des missions de l?Etat. Deuxi?mement, si un r?gime distinct existe d?sormais entre langues vivantes ?trang?res et langues r?gionales, il n?a jamais ?t? question de ne pas soumettre ces derni?res au m?me r?gime d?excellence : la d?termination des niveaux ? atteindre dans les langues vivantes ?trang?res ?tudi?es ? l??cole puis au coll?ge doit ?galement s?appliquer aux langues r?gionales. Selon moi, le minist?re de l??ducation nationale doit ?galement d?finir le niveau d?exigence ? atteindre dans les classes bilingues fran?ais-langue r?gionale de 3e, dans la langue r?gionale et dans la discipline ?valu?e en langue r?gionale (histoire-g?o). Et si pour cela il faut modifier les textes, pour lever toute ambigu?t?, je le ferai.

Je suis favorable ? ce que le droit des parents ? inscrire leurs enfants dans une classe bilingue fran?ais-langue r?gionale soit reconnu, d?s lors que la demande est suffisante.

Il est un autre sujet qui, ? mes yeux, m?rite d??tre abord? s?rieusement : c?est celui du trop faible temps d?antenne que l?on accorde aux langues r?gionales ? la t?l?vision publique et ? la radio. Je souhaite r?affirmer le r?le moteur de FR3 et de Radio France dans la diffusion d??missions en langues r?gionales. Le cahier des charges de FR3 pr?voit d?ailleurs tr?s explicitement que : ? La soci?t? contribue ? l?expression des principales langues r?gionales parl?es sur le territoire m?tropolitain ? (art. 16).

En tant que ministre de l?Int?rieur, j?ai sign? la convention ? Via Stella ?, cha?ne num?rique de France 3 Corse. Via Stella ce sera 15h30 d?antenne par jours soit 5 600 heures par an, dont plusieurs heures par jour en langue corse, notamment aux heures de grande ?coute. Pourquoi ne pourrions-nous pas d?velopper dans d?autres r?gions cette exp?rience prometteuse ?

Comme vous le voyez, mon int?r?t pour l?expression des langues r?gionales de France est grand. En ce domaine comme en bien d?autres, je suis d?abord et avant tout un pragmatique ?.

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